Abnousse Shalmani. Les exilés meurent aussi d’amour. Grasset, 2018.

Déraciné, l’arbre meurt. Qu’en est-il de l’homme arraché à son pays ? Qui devenir ? Peut-il poursuivre comme cet avant l’exil ?

Shirin du haut de ses neuf ans observe ses parents, ses tantes et oncles, ses cousines et cousins s’aimer, se déchirer, se haïr… Toujours plus, toujours trop. Dans cette ambiance sombre telle une nuit sans fin, elle saura vers où se tourner pour admirer les étoiles, voir la lumière.

À mes yeux, Les exilés meurent aussi d’amour est rempli de lumière, malgré la violence reçue et subie. Violence de l’exil.

L’amour familial et incestueux, l’amour fraternel, l’amour amitié, l’amour passionnel et l’amour désir, le grand amour et le manque d’amour… Il y a toutes ces formes d’amour dans le roman d’Abnousse Shalmani.

Les exilés meurent aussi d’amour
Grasset, 2018. 400 pages.
Fiche du livre sur grasset.fr

Née à Téhéran en 1977, Abnousse Shalmani s’exile avec sa famille à Paris, en 1985, suite à la révolution islamique. Après un début de carrière dans le journalisme et le cinéma, elle revient à sa vraie passion, la littérature, et signe un premier livre très remarqué : Khomeiny, Sade et moi (Grasset, 2014).

Une sélection du Prix Summer de la fête du livre de Bron (mars 2019).
Une lecture empruntée

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Marceline Loridan-Ivens. L’amour après. Grasset, 2018.

Cécité.
Le présent est flou.
Le passé ressurgit.
Nécessité.
De dire, d’écrire…

L’amour après
L’amour enfoui, réuni dans une valise.
L’ouvrir, s’ouvrir aux souvenirs.
Souvenirs d’amours perdues dans ces lettres gardées.

Marceline Loridan-Ivens a aimé.
En retour, elle a été aimé. Ô combien !
L’amour après
Aimer et s’aimer après… l’enfer.
Séduire. Tenter. Résister. Fuir.
Difficile d’aimer et de s’aimer après…

L’émotion dans chaque page, palpable.
Mes quelques larmes lors des retrouvailles entre Marceline Loridan-Ivens et Simone Veil.

Son grand amour. Joris Ivens.
Tendres souvenirs… toujours présents.

L’amour après
Nécessité. De le lire.
Ce passé, ne pas l’enfouir.
Notre présent que l’on voit flou.
Cécité.

Marceline Loridan-Ivens avec Judith Perrignon : une écriture addictive. L’envie de les lire encore et encore. Impossible. Les relire, alors.

L’amour après
Grasset & Fasquelle, 2018. 162 pages.
Fiche du livre sur grasset.fr

Marceline Loridan-Ivens, née en 1928, déportée à Auschwitz-Birkenau avec son père, a été actrice, scénariste, réalisatrice. On lui doit notamment « La petite prairie aux bouleaux », avec Anouk Aimée (2003), de nombreux documentaires avec Joris Ivens, et Ma vie balagan (Robert Laffont, 2008). Elle a passé sa vie à témoigner de l’horreur, de l’injustice, et de la violence. Marceline Loridan-Ivens est décédée en septembre 2018, à l’âge de 90 ans.

Lire aussi : Et tu n’es pas revenu (Grasset, 2015)

Lu grâce à…
Émilie, mon binôme
pour le défi Au fil des saisons et des pages.
Et ma PàL diminue (New PàL)
Une lecture empruntée

Et tu n’es pas revenu. Marceline Loridan-Ivens. Grasset, 2015.

Marceline Loridan-Ivens retrace l’Histoire à travers son histoire, de 1944 à nos jours, dans une lettre adressée à son père. Une lettre lue par des milliers de personnes, mais jamais par son père.

Et tu n’es pas revenu de là-bas, d’Auschwitz-Birkenau.

Aucune larme.
Comme si Marceline Loridan-Ivens me demandait de ne verser aucune larme.
Lire et prendre conscience encore.
Lire et voir… imaginer l’enfer et le désastre, la douleur et les souffrances. Impossible de les ressentir.
Aucune larme.
L’histoire et l’Histoire défilent sous mes yeux.
L’incompréhensible reste bien encré dans ces pages mais non dans les mots, et s’ancre un peu plus en moi.

Aucune larme.
Tout se dessèche, se dénude et laisse place à l’essentiel dans l’écriture de Marceline Loridan-Ivens. Tel son corps de seize ans.
Aucune larme.
Tout se dessèche.
Tout semble disparaître. Exceptés la force et le courage.

Aucune larme ?
Marceline reviendra seule. Sans son père.
L’incompréhension s’installe.
Oublier. Passer à autre chose, lui somme sa mère.

Aucune larme ?
L’absence dévore de l’intérieur.
Et le manque… !?
Les questions sans réponses affluent.
Cela pourrait se terminer en cri. Non.
Cela se termine en un souffle d’amour et de tendresse.

Et L’amour après* ?

Et tu n’es pas revenu
Avec Judith Perrignon.
Grasset, 2015. 112 pages.
« J’ai vécu puisque tu voulais que je vive. Mais vécu comme je l’ai appris là-bas, en prenant les jours les uns après les autres. Il y en eut de beaux tout de même. T’écrire m’a fait du bien. En te parlant, je ne me console pas. Je détends juste ce qui m’enserre le cœur. Je voudrais fuir l’histoire du monde, du siècle, revenir à la mienne, celle de Shloïme et sa chère petite fille. »

Marceline Loridan-Ivens
Marceline Loridan-Ivens, née en 1928, déportée à Auschwitz-Birkenau avec son père, a été actrice, scénariste, réalisatrice. On lui doit notamment « La petite prairie aux bouleaux », avec Anouk Aimée (2003), de nombreux documentaires avec Joris Ivens, et Ma vie balagan (Robert Laffont, 2008). (Source : grasset.fr)

* Titre de son dernier livre.

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Laetitia Colombani. La tresse. Grasset, 2017.

Enlacés. Tels des brins de cheveux, l’histoire de Smita, de Giulia et celle de Sarah se croisent sans que les trois femmes ne le sachent.

Des touches de poésie. Un peu de religion aussi, difficile d’y échapper quand nous allons en Inde ou en Sicile. Au Canada… Sarah croit en sa réussite professionnelle. Une autre religion…

Avocate dans un grand cabinet, Sarah ignore la misère de l’Inde où Smita ramasse la merde des autres et la vie de Giulia, en Sicile.

Trois femmes, trois milieux sociaux différents. Mis en parallèle, finalement, c’est intéressant. Bien que le roman soit court, il me laisse plein d’interrogations, de remises en questions… Et ce, malgré des personnages un peu (trop ?) caricaturés, des vies, des sentiments, etc survolés. Qu’importe ! ai-je envie de dire. Il m’a offert la possibilité de faire le point sur moi, en tant que femme, malade (si un jour, j’étais atteinte d’une grave maladie).

Le style d’écriture n’a rien d’extraordinaire, mais sa fluidité est un bel atout et aide à lire le livre jusqu’au bout. La structure du roman est également très appréciable.

Aucun regret. Aucune déception. Je remercie Les livres de Georges et moi grâce à elle, je savais où j’allais.

Post-scriptum : aucune déception, car depuis ma lecture de Fawzia Zouari, Le corps de ma mère, je respecte les choix de l’écrivain.e : de quelle façon aborder le thème du livre, sa structure… Donc si Laetitia Colombani a choisi la caricature, peu de pages, etc, ma foi…

La tresse
Grasset & Fasquelle, 2017. 224 pages.
Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est réservé et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité. (source : quatrième de couverture)

Laetitia Colombani
est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit deux longs métrages, À la folie…pas du tout et Mes stars à moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La tresse est son premier roman.

Lu grâce au défi
#aufildessaisonsetdespages
(Été. Lecture commune.)