Jean-Paul Sartre, Les mots (extrait)

“Au bout d’un instant j’avais compris : c’était le livre qui parlait. Des phrases en sortaient qui me faisaient peur : c’étaient de vrais mille-pattes, elles grouillaient de syllabes et de lettres, étiraient leurs diphtongues, faisaient vibrer les doubles consonnes ; chantantes, nasales, coupées de pauses et de soupirs, riches en mots inconnus, elles s’enchantaient d’elles-mêmes et de leurs méandres sans se soucier de moi : quelquefois elles disparaissaient avant que j’eusse pu les comprendre, d’autres fois j’avais compris d’avance et elles continuaient de rouler noblement vers leur fin sans me faire grâce d’une virgule. Assurément, ce discours ne m’était pas destiné. Quant à l’histoire, elle s’était endimanchée : le bûcheron, la bûcheronne et leurs filles, la fée, toutes ces petits gens, nos semblables, avaient pris de la majesté ; on parlait de leurs guenilles avec magnificence, les mots déteignaient sur les choses, transformant les actions en rites et les événements en cérémonies.”

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4 réflexions sur “Jean-Paul Sartre, Les mots (extrait)

  1. mots feux et parfois seulement d’artifices
    qu’importent s’il y a brillance et résonance
    le spectacle en vaut la chandelle
    qui renaît de ses cendres…
    Prête moi ta Plume …

  2. Ce passage est tellement marquant que je l’ai moi même souligné ! Quand je l’ai lu j’ai ressentis tellement de choses et je voulais remercier Sartre d’avoir mis en mot ce que je déplorais à penser !

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