Khalil Gibran, Une feuille de papier…

Sous son parapluie blanc, elle me salua et me conta :

Une feuille de papier blanche comme neige dit : « J’ai été créée pure, et pure je resterai à jamais. Je préférerais être brûlée et réduite en cendres blanches plutôt que de supporter que la noirceur me touche ou que l’impur s’approche de moi. »
L’encrier entendit les paroles de la feuille de papier et sourit dans son cœur sombre, mais il n’osa jamais l’approcher.
Et les crayons de couleurs l’entendirent aussi, et eux non plus ne l’approchèrent jamais.
Et la feuille de papier blanche comme neige resta pure et chaste à jamais, pure et chaste – et vide.

Elle me remercia et souhaita une belle soirée, encore sous l’émerveillement des mots, je la remerciai à mon tour. Et à mon tour, espère pour vous un doux et bon soir.

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2 réflexions sur “Khalil Gibran, Une feuille de papier…

  1. Merci Eléonore 🙂
    et aussi.. au hasard de mes lectures:

    Sous la feuille blanche,
    il y a une feuille noire qu’on ne voit pas.
    On appuie avec une mine
    et les mots racontent une histoire.
    (Jacques Biolley)

    BLANCHEUR
    Il posa sa main sur la page
    pour ne pas voir la feuille blanche.
    Et il vit dessus sa main nue. Alors
    il ferma aussi les deux yeux, et entendit
    monter en lui, ensevelie,
    la ténébreuse, l’indescriptible blancheur.
    (Yannis Ritsos)

    Je place un papier blanc sur la table
    et j’attends que les mots, attirés par la luminosité,
    viennent s’y prendre.
    (Christian Bobin)

    LE POETE
    Devant lui
    la feuille blanche
    étendue comme une plage
    où le vent efface la moindre trace
    où les mots courent
    brûlés par le large
    sans cesse perturbés
    par des secousses inattendues

    Plusieurs personnes
    peuvent mourir
    dans un mot
    (Anise Koltz)

    Il est besoin d’un lecteur d’un geste d’un papier
    D’un miroir Tu es visage ma feuille mon échancrure
    Je suis le tissu pour que tu sois ton vide La surface
    Pour que froisse la main L’aber où l’eau s’aiguise
    Racine où le sol tressaille Ton blanc mon noir
    Le creux pour ma difficulté le blanc pour que je sois
    Ce dessin que je ne serais pas Tu es peau pour
    Mon alphabet J’étais l’air pour que tu n’engorges
    Alvéole pour tu fusses arcade
    (Michel Deguy)

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